(14 May 2020) BADIL's NAKBA 72 Communiqué (French): L’Unité et la Lutte du Peuple Palestinien pour Faire Cesser la Nakba en Cours

PR/EN/140520/19

Mettre fin à la Nakba en cours des déplacés internes et réfugiés palestiniens est le point de départ vers l'instauration d'une paix juste et durable. Cette Nakba en cours, qui a débuté avec la partition illégale de la Palestine en 1947,[1] est le résultat de violations systématiques des droits de l'homme et de crimes internationaux par Israël, de la complicité des administrations américaines successives avec des politiques et pratiques israéliennes illégales, du manque de volonté politique de puissants États occidentaux de s'acquitter de leurs responsabilités, ainsi que de l’incapacité et de l’inactivité des organismes internationaux mandatés. Le recours à la condamnation internationale et à une volonté politique naissante s’est avéré être une stratégie inefficace qui n'a pas réussi à mettre un terme aux politiques et pratiques israéliennes d'annexion, de colonisation, de transfert et déplacement forcés et d'apartheid en Palestine mandataire. L'adhésion et la mise en œuvre d'une approche fondée sur les droits de l'homme telle que dictée par le droit international, comprenant la responsabilité d’Israël pour ses violations et ses crimes et la renaissance de la légitime résistance palestinienne, est le seul moyen de réaliser les droits inaliénables du peuple palestinien.

Au nombre de 8,7 millions, soit 66,7% du peuple palestinien, les déplacés internes et réfugiés palestiniens constituent la population dont le déplacement forcé est le plus important et le plus prolongé au monde, en conséquence de la Nakba en cours.[2] La Nakba en cours se caractérise par des politiques et des pratiques israéliennes conçues et mises en œuvre pour contrôler le maximum de terres avec le minimum de Palestiniens. Pour y parvenir, Israël sépare, fragmente et isole les communautés palestiniennes et leurs terres afin de supprimer l'identité sociale, culturelle et nationale du peuple palestinien, ainsi que d’étouffer sa résistance - dans une tentative de compromettre la collectivité palestinienne et le droit à l'autodétermination.[3]

La Nakba en cours se caractérise également par un processus rampant allant de l'annexion de facto (de fait) à l’annexion de jure (en droit), conçu pour soutenir et renforcer la colonisation et l'apartheid.[4] Sous couvert d'un état d'urgence, avec des mesures restrictives et une sécurisation accrue pour lutter contre la pandémie de Covid-19, et avec la mise en place d'un nouvel accord de coalition, Israël a accéléré ses plans d'annexion. La pandémie de Covid-19 a permis de mettre en évidence l'extrême vulnérabilité et de réelles lacunes en matière de protection auxquelles sont confrontés les réfugiés palestiniens - entraînant un niveau supplémentaire d'oppression, de discrimination institutionnalisée et d’aggravation de la crise humanitaire. Le déficit de protection est amplifié par la campagne américano-israélienne visant à saper et à couper les financements destinés à l'Office de Secours et de Travaux des Nations Unies (UNRWA).[5] L'UNRWA étant concrètement frappé d'incapacité, et la Commission de Conciliation des Nations Unies pour la Palestine (UNCCP) - qui avait pour mandat d’apporter des solutions durables –  ayant été rendue dysfonctionnelle dès ses débuts, les déplacés internes et réfugiés palestiniens ne jouissent pas de la protection internationale à laquelle ils ont droit.

La situation est encore exacerbée par la dénommée «Paix vers la Prospérité: une Vision pour Améliorer la Vie des Peuples Palestinien et Israélien» (connu comme le “Deal du Siècle,” ci-après, la Vision), un plan proposé par l'administration Trump en janvier 2020.[6] La Vision, ancrée dans le soutien et la gratification d’Israël pour ses violations graves du droit international, prétend adopter une approche «pragmatique» de la question palestinienne, qui selon Trump devrait remplacer le droit international, les conventions et les résolutions des Nations Unies (ONU). La Vision révèle comment la création d'un soi-disant État palestinien autonome se manifesterait dans une entité palestinienne docile et non contiguë, dont les frontières seraient réglementées par Israël, et qui serait connectée par des ponts, tunnels et routes contrôlés par Israël.[7] Le plan tente de légitimer l’annexion de Jérusalem-est, de la vallée du Jourdain et des colonies israéliennes en Cisjordanie.[8] Il envisage en outre un échange de terres de la région du Triangle - qui abrite 260 000 Palestiniens citoyens d’Israël, souvent désignés par les politiciens israéliens comme une menace démographique - à ‘l’État’ palestinien proposé, et cela pour permettre à Israël de préserver son caractère d’entité juive.[9] Enfin, la Vision renie aux déplacés internes et réfugiés palestiniens leur droit à réparations, à savoir le droit au retour dans leurs foyers, la restitution de leurs biens et la compensation pour les violations subies.[10] Cela passe par l'omission flagrante de la question des déplacés palestiniens (dont le nombre s’approche de 760 000),[11] en tentant de délimiter de manière restrictive le nombre de réfugiés palestiniens éligibles aux réparations, et en exonérant Israël de ses responsabilités envers les Palestiniens déplacés, tout en transférant ces responsabilités à des États tiers, en particulier les États arabes.[12]

L’inaction de la communauté internationale vis-à-vis des droits du peuple palestinien remonte à plus d’un siècle: lorsque de puissants États ont formalisé la colonisation de la Palestine au travers de la Déclaration Balfour en 1917 et du Mandat pour la Palestine en 1922, en faveur du mouvement sioniste. Aujourd'hui, ces mêmes États continuent d'ignorer leurs responsabilités et confèrent l'impunité à Israël au lieu de mettre fin aux violations et aux crimes internationaux perpétrés contre le peuple palestinien. Les puissants États occidentaux (l'Union européenne, ses États membres et les États-Unis) n’ont pris aucune mesure pratique pour tenir Israël responsable. Ces États ont plutôt contribué à réduire la place de la société civile, et à criminaliser la légitime résistance palestinienne à travers des mesures qui équivalent à un financement conditionnel inacceptable sous couvert de politiques et de lois antiterroristes.[13] 

Le recours aux déclarations neutres et inefficaces et à la condamnation de la communauté internationale, face au régime israélien d'annexion, de transfert forcé, de colonisation et d'apartheid, a échoué. BADIL et le Réseau Mondial pour les Réfugiés Palestiniens (GPRN) appellent le peuple palestinien, où qu'il réside, à s’unir et à  poursuivre résolument sa lutte, afin de revendiquer et de faire valoir ses droits à l'autodétermination et au retour.

 

[1]       United Nations General Assembly, Resolution 181 (II). Future Government of Palestine, A/RES/181(II), 29 November 1947, accessible en anglais sur: https://unispal.un.org/DPA/DPR/unispal.nsf/0/7F0AF2BD897689B785256C330061D253 [consulté le 9 Mai 2020]

[2]       BADIL, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons 2016-2018, Vol.9 (Bethlehem: BADIL, 2019), accessible en anglais sur:  http://badil.org/phocadownloadpap/badil-new/publications/survay/survey2016-2018-eng.pdf

[3]       BADIL, Forced Population Transfer: The Case of Palestine – Segregation, Fragmentation and Isolation, working paper no. 23 (February 2020), accessible en anglais sur: http://badil.org/phocadownloadpap/badil-new/publications/research/working-papers/WP23-SFI.pdf

[4]       BADIL, Israeli Annexation: The Case of Etzion Colonial Bloc (Bethlehem: BADIL, 2019), accessible en anglais sur: http://badil.org/phocadownloadpap/badil-new/publications/research/in-focus/EtzionBloc-IsraeliAnnexation.pdf

[5]       BADIL, Understanding the Political Underpinnings of the UNRWA’s Chronic Funding Crisis, bulletin no.27 (June 2018), accessible en anglais sur: http://badil.org/phocadownloadpap/Badil_docs/bulletins-and-briefs/bulletin-no27-unrwa-financial-crisis.pdf

[6] See White House, Peace to Prosperity: A Vision to Improve the Lives of the Palestinian and Israeli People (28 January 2020), accessible en anglais sur: www.whitehouse.gov/peacetoprosperity [ci-après White House, Peace to Prosperity]

[7] Id., 11-14, 24-25; Appendix 1: Conceptual Maps

[8] Id., 13-17; Appendix 2A: Security Considerations

[9] See also Gideon Alon and Aluf Benn, “Netanyahu: Israel’s Arabs Are the Real Demographic Threat,” Haaretz, 18 December 2019, accessible en anglais sur: www.haaretz.com/4802 [consulté le 9 Mai 2020]; White House, Peace to Prosperity, supra 6, 13

[10] Id., 9, 31-33

[11]     BADIL, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons 2016-2018, Vol.9 (Bethlehem: BADIL, 2019), available at:  http://badil.org/phocadownloadpap/badil-new/publications/survay/survey2016-2018-eng.pdf

[12] See BADIL, Trump's so-called Vision/Deal of the Century: A move to end the Palestinian refugee issue through serious breaches of International Law, position paper (May 2020), available at: http://www.badil.org/phocadownloadpap/badil-new/publications/research/in-focus/Deal-of-the-Century-Refugee-Issue(PositionPaper-May2020).pdf

[13] BADIL, European Union Conditional Funding: Its Illegality and Political Implications, position paper (April 2020), accessible en anglais sur: http://badil.org/phocadownloadpap/badil-new/publications/research/in-focus/EuropeanUnionConditionalFunding(PositionPaper-April2020).pdf